Archive de la catégorie «Débats participatifs»

6e débat participatif: L’environnement

6, mars 2007

Compte rendu de la réunion du 3 février 2007

Introduction du débat :

Le débat a été introduit par une brève présentation de l’appel aux candidats de Nicolas Hulot qui a été signé par dix candidats à l’élection présidentielle, dont Ségolène Royal. Le message principal de cet appel concerne la nécessité impérative d’opérer une véritable révolution dans nos modes de production et de consommation, dans notre organisation sociale et économique. Sans une telle révolution, les changements climatiques pourraient donner rapidement lieux à de graves conflits sociaux et géopolitiques.

Des modèles pour opérer cette révolution existent, comme l’économie circulaire (où tout est recyclé) ou l’économie fonctionnalisée (où l’on ne vend pas des produits, mais où on les loue).

Suite à cette présentation, Christine Léger, secrétaire de la section du PS à Rabat et professionnelle de l’environnement, a présenté quelques expériences qui permettraient de contribuer à la révolution sociale et économique préconisée par Nicolas Hulot.

En Grande-Bretagne, au Danemark, en Suède…, des éco-quartiers ont été construits, conçus pour réduire la consommation énergétique, où les logements sont bien isolés, orientés au Sud, où l’électricité est produite à partir de déchets recyclés… Ces quartiers sont faits pour limiter le recours au transport, tous les services y sont disponibles et accessibles. D’autre part, le logement social y est favorisé.

La France est très en retard sur ces questions. Pourtant, les changements des années à venir nécessitent une réflexion poussée des élus et des citoyens autour du développement local. C’est aussi cela, la démocratie participative.

Quelles sont les recommandations que vous pouvez proposer en complément des réponses formulées ?

Les participants au débat ont apporté des réponses à ces deux présentations en se focalisant sur deux aspects : la nécessité d’une prise de conscience de l’ampleur des dangers, mais aussi celle de mesures plus coercitives. Certaines des aspirations les plus répandues vont à l’encontre de l’intérêt général : par exemple, l’habitat dans des maisons avec jardin exerce une pression très forte sur l’environnement, et il est nécessaire de développer l’habitat dans des immeubles.

Une grande partie du débat a été centrée sur le problème des transports. Il s’agit en effet du principal facteur d’émissions de gaz à effets de serre. Nous pouvons agir dans ce domaine de plusieurs manières. En réduisant nos déplacements, tout d’abord : beaucoup de déplacements professionnels pourraient être évités grâce aux nouvelles technologies (visioconférence, Internet…), par exemple. D’autre part, nous pourrions nous efforcer de consommer des produits fabriqués plus proche de chez nous, de manière à réduire la quantité de transport incorporée dans les produits que nous achetons.

Cependant, on ne peut pas interdire de voyager : la mobilité doit être préservée. L’avion, par exemple, est l’un des plus importants facteurs d’émission de gaz à effet de serre. Il faudrait donc utiliser des avions plus lents, comme les avions à hélice, mais qui consomment moins d’énergie. Il est aussi envisageable de donner à chacun un crédit carbone : à chaque activité polluante effectuée (prendre l’avion, arroser son jardin…), le crédit carbone serait débité, et lorsqu’il serait épuisé, une taxe serait appliquée.

 

Quelle sont les réponses ou les nouvelles idées qui permettent de répondre aux questions posées par le débat ?

Des limites ont été soulignées par les participants au débat à un tel fonctionnement. Comment interdire à la Chine, par exemple, les instruments du développement économique ? Cette question est certes importante, mais il a été rappelé que les Chinois sont très au courant de ces problèmes, et que c’est en Chine que se déroulent certaines des expériences les plus innovantes en matière d’environnement. Le poids de la Chine dans les émissions de gaz à effet de serre ne doit donc pas être utilisé pour minimiser nos propres efforts dans ce sens.

Cependant, certains participants au débat ont exprimé leur refus de voir le consommateur systématiquement culpabilisé. Il faudrait que des évolutions voient également le jour au niveau de la production.

5e débat participatif: la France dans le monde

6, mars 2007

Compte rendu de la réunion du 10 janvier 2007

Résumé succinct du débat :

La politique étrangère de la France répond à des objectifs divers, dont la définition est l’un des enjeux majeurs du devenir du pays. Les participants au débat étaient invités à donner leur vision de ce que devraient être les objectifs de la France et de l’Europe en matière de politique étrangère, et ce dans quatre domaines :

· La paix et la défense ;

· La culture, l’enseignement et les médias ;

· L’environnement ;

· L’immigration et le co-développement.

Chacun de ces thèmes a été discuté par un groupe de trois à quatre personnes, qui ont ensuite présenté leurs conclusions aux autres participants.

Sur la paix et la défense :

Quelles sont les réponses ou les nouvelles idées qui permettent de répondre aux questions posées par le débat ?

La France doit mener son action extérieure dans le cadre de l’Union Européenne et de l’ONU. Aujourd’hui, la politique étrangère est souvent l’affaire de quelques uns, alors qu’elle devrait être l’affaire de tous. Comment améliorer le caractère démocratique de la politique étrangère ?

A long terme, la politique extérieure et l’armée doivent être européennes. Cela pose donc la question de la définition d’une politique commune par 27 pays : comment concilier des politiques étrangères qui peuvent être aussi différentes que celles du Royaume-Uni et de la France ?

Quelles sont les recommandations que vous pouvez proposer en complément des réponses formulées ?

Les solutions doivent être recherchées dans une amélioration du contrôle démocratique sur la politique étrangère. Le statut du Chef de l’Etat, son rôle comme chef des armées doivent être revus. Il faut augmenter le contrôle parlementaire sur cette fonction.

Au niveau européen, c’est également en améliorant la démocratie, l’équilibre entre les Etats membres qu’une politique étrangère peut être dessinée. S’il ne s’avère pas possible d’atteindre cet objectif à 27 Etats, il faudra accepter que certains Etats avancent plus vite que les autres dans ce domaine, en instituant des coopérations renforcées.

Sur la culture, l’enseignement et les médias :

Quelles sont les réponses ou les nouvelles idées qui permettent de répondre aux questions posées par le débat ?

La plupart des participants au débat étaient des Français résidant au Maroc, qui sont donc très attentifs au rayonnement de la France à l’étranger dans les domaines de la culture, de l’enseignement et des médias. Les débats se sont concentrés sur l’enseignement dans les établissements français à l’étranger, ainsi que sur l’activité des instituts culturels français.

En matière d’enseignement, tout d’abord, c’est la question des établissements français à l’étranger qui a été abordée. Ces établissements rendent un service très important aux citoyens français établis dans des pays où le système scolaire de dispense pas un enseignement de qualité, mais créent également des distorsions importantes. Par exemple, au Maroc, l’élite sort des écoles françaises.

En matière de rayonnement culturel, la politique française et les activités des instituts culturels français ne semblent pas adaptées aux réalités des pays dans lesquels elles sont implantées. En matière de francophonie, par exemple, les moyens mis en œuvre ne sont pas à la hauteur de la demande au Maroc, où le Français est une langue de travail et où les instituts pourraient jouer un rôle beaucoup plus important dans l’enseignement du Français. De même, les spectacles proposés par ces instituts sont souvent trop élitistes, peu adaptés aux aspirations des Marocains.

Quelles sont les réponses ou les nouvelles idées qui permettent de répondre aux questions posées par le débat ?

Pour ce qui est des établissements scolaires français à l’étranger, les participants au débat ont souligné la nécessité d’arrêter de diminuer les crédits alloués, et de maintenir le réseau existant. Cependant, il ne faut pas perdre de vue que d’autres solutions existent, comme l’enseignement à distance grâce au CNED.

Pour ce qui est de l’enseignement du Français, les moyens alloués sont insuffisants, il n’y a pas assez de professeurs pour répondre à la demande. Il faudrait améliorer le statut de ces professeurs, et augmenter leur nombre.

Pour ce qui est de la culture, enfin, les participants au débat ont insisté sur la nécessité de mettre l’accent sur la qualité des spectacles et des activités proposées par les instituts culturels français. L’enjeu est de savoir s’adapter aux spécificités des pays dans lesquels ils sont implantés, de proposer des spectacles accessibles sans céder à la facilité et au nivellement par le bas. D’autre part, la communication sur les activités de ces instituts est souvent défectueuse, et de nombreuses personnes qui pourraient participer aux activités ne sont pas au courant de ce qu’ils proposent.

Sur l’environnement :

Quelles sont les réponses ou les nouvelles idées qui permettent de répondre aux questions posées par le débat ?

La France n’est pas un bon élève en matière environnementale, et c’est donc sur l’Europe qu’elle doit s’aligner. Le problème est que les politiques environnementales n’ont pas d’effet immédiat, et sont donc moins suivies. D’autre part, il existe des freins au développement de ces politiques : certains grands groupes industriels n’ont pas intérêt à ce que l’environnement devienne un réel sujet de débat au niveau international.

Les grands enjeux comme la gestion des ressources naturelles sont transfrontaliers, et doivent donc être envisagés au niveau international.

Quelles sont les recommandations que vous pouvez proposer en complément des réponses formulées ?

Les participants au débat ont tenu à faire remarquer que bien que l’environnement soit un problème global, il est toujours important de prendre en compte les spécificités locales lorsque l’on propose des solutions. Par exemple, on ne peut pas gérer l’eau de la même manière au Maroc qu’en France.

D’autre part, il est important de se questionner sur les aspirations des pays en développement : aujourd’hui, au Maroc, tout le monde rêve d’avoir un voiture, par exemple.

Il faut ici souligner que l’environnement sera le thème du prochain débat de Désirs d’Avenir Maroc et de la section du Parti Socialiste à Rabat.

Sur l’immigration et le co-développement :

Quelles sont les réponses ou les nouvelles idées qui permettent de répondre aux questions posées par le débat ?

Le Maroc est un pays-clé en matière d’émigration et d’immigration, puisqu’il est à la fois un pays d’accueil pour les migrants subsahariens sur la route de l’Europe, et les événements récents (rafle de 400 migrants « reconduits à la frontière » algérienne) sont révélateurs de cette situation. L’Union Européenne utilise en fait le Maroc comme rempart, et lui délègue les tâches ingrates. Aujourd’hui, il est indispensable que l’Union assume ses responsabilités, car elle est la cause de ce qui se passe et de la manière dont sont traités les migrants subsahariens.

Au-delà de cette question, il est clair que pour éviter le drame humain que constitue l’émigration clandestine, il faut s’attaquer aux racines du phénomène, et donc aux inégalités entre le Nord et le Sud. L’aide au développement est-elle la solution ? Il se trouve qu’elle est aujourd’hui mal utilisée, et qu’il n’est pas certain que son impact sur le développement soit significatif.

Quelles sont les recommandations que vous pouvez proposer en complément des réponses formulées ?

Il est donc nécessaire de repenser totalement l’aide au développement, de manière à ce qu’elle serve réellement les intérêts des populations ciblées. Cependant, il faut également traiter l’urgence, et permettre aux migrants qui sont actuellement bloqués sur le territoire marocain d’accéder à une vie plus décente. La réponse des centres qui accueillent les migrants, sur le modèle de ceux des Canaries, n’est pas satisfaisante, et elle est de plus un instrument de tri entre les immigrés que l’on souhaite voir entrer sur le territoire européen, et ceux que l’on refuse : cela se rapproche donc de l’immigration choisie, que les participants au débat ont condamnée.

4e débat participatif : « La démocratie participative »

6, mars 2007

Compte rendu de la réunion du 12 décembre 2006

Désirs d’Avenir Maroc a organisé le mercredi 12 décembre 2006 au domicile de Dominique Patoir son quatrième débat, sur le thème de la démocratie participative. 20 personnes y ont pris part.

La réunion a commencé par une brève présentation de Désirs d’Avenir et du rôle des comités locaux : organiser des débats participatifs pour soutenir la candidature de Ségolène Royal à l’élection présidentielle de 2007.

Présentation du thème du débat

Le thème de la démocratie participative a été choisi car Désirs d’Avenir est en soi une expérience de démocratie participative. Il est donc utile de s’interroger sur les raisons, sur les finalités, mais aussi sur les limites du recours à ce mécanisme : qu’est-ce que la démocratie participative ? Qu’est-ce qu’on en attend ? Comment faire renouer les citoyens avec le débat politique ?

La méthode utilisée pour ce débat a été différente de celle utilisée lors des 3 réunions précédentes. Quelques pistes de réflexion avaient été sélectionnées :

· Les limites de la démocratie participative ;

· Internet et la démocratie participative ;

· L’expertise et la démocratie participative

· La démocratie participative et la prise de décision ;

· La définition de la démocratie participative, et les expériences concrètes qui ont été mises en œuvre.

Les personnes présentes ont commencé par réfléchir en petit groupe de 3 à 4 personnes sur l’un de ces thèmes, et chaque groupe a ensuite partagé le fruit de ses discussions avec l’ensemble des participants. Ces échanges peuvent être regroupés en trois thèmes principaux :

· Les objectifs de la démocratie participative ;

· La mise en œuvre de la démocratie participative ;

· Le rôle du citoyen dans la démocratie.

Les objectifs de la démocratie participative

Lors des discussion entre les différents membres des groupes, il est apparu que la raison principale pour laquelle un besoin de démocratie participative avait émergé était le désintérêt général pour la politique éprouvé par une grande partie des citoyens : les forts taux d’abstention enregistrés lors des différentes consultations électorales montrent qu’il faut trouver des propositions innovantes pour permettre aux citoyens de renouer avec la politique.

En effet, si la démocratie représentative fonctionnait bien, il ne serait pas nécessaire de parler de démocratie participative : nos parlementaires et élus locaux sont là pour nous représenter dans les différentes instances nationales. Les référendums peuvent aussi nous permettre de participer directement aux décisions. L’expression « démocratie participative » pourrait donc apparaître comme une tautologie.

Mais la participation à la démocratie représentative est imparfaite : les élus apparaissent souvent comme coupés du reste de la population. Il faut donc imaginer de nouvelles formes de participation.

Plusieurs orientations ont été évoquées au cours du débat : le modèle de la démocratie directe a été beaucoup cité, ainsi que la nécessité d’un plus fort contrôle des élus. Certains participants ont également parlé de la nécessité de renforcer le rôle de la société civile. Pour mettre en œuvre ces différents modèles, plusieurs options ont été discutées.

La mise en œuvre de la démocratie participative

Il est tout d’abord apparu que la première nécessité était de permettre à tous de participer au débat démocratique : aujourd’hui, des pans entiers de la population sont de fait exclues de la discussion politique. Il est donc nécessaire de donner plus de parole à ces personnes : des systèmes doivent alors être trouvés pour faire en sorte que l’information produite lors des débats soit utilisée.

Mais la participation ne doit pas se limiter au débat. Il faut également que les citoyens participent tous à la prise de décision. Ici, la démocratie trouve une première limite : quel est en effet le degré de motivation de la population pour participer aux décision ? En Suisse, par exemple des votations sont organisées très fréquemment, et le taux d’abstention lors de ces consultations est très élevé.

Une autre limite pour la mise en œuvre de la démocratie participative réside dans l’échelle à laquelle on veut l’appliquer. En effet, si au niveau local, il est possible d’organiser la prise de décision, cette dernière devient plus compliquée au niveau national. Ici, c’est Internet qui pourrait apporter une partie de la solution : le réseau permet en effet une rapidité des échanges d’information qui est un grand atout pour la mise en œuvre de la démocratie participative.

Le rôle du citoyen dans la démocratie

Au delà de la question de la mise en œuvre de la démocratie participative, les participants au débat ont souvent pointé le rôle du citoyen dans la démocratie. En effet, la démocratie telle qu’elle est pratiquée en France permet d’utiliser de nombreux moyens de participation ; outre le vote, les citoyens peuvent recourir à la grève, à la pétition, à l’organisation en groupes d’intérêt pour faire valoir leur point de vue.

Il s’agit donc de permettre au citoyen de jouer pleinement son rôle. Ceci passe par un renforcement du contrôle qu’il peut exercer sur les élus, ainsi que par une revalorisation de la parole citoyenne. Cela nécessite notamment beaucoup d’éducation et de formation des citoyens. On pourrait alors enclencher un cercle vertueux d’amélioration de la participation, car la démocratie participative a pour vocation d’appeler à plus de démocratie participative…

3e débat participatif : l’éducation

6, mars 2007

Compte-rendu de la réunion du 21 novembre 2006

Désirs d’Avenirs Maroc a organisé, le mardi 21 novembre 2006, son 3e débat participatif. La réunion s’est tenue à Rabat, au domicile de Bertrand Clavaud et Adrien Renaud, et a réuni 17 participants. Pour ce 1er débat organisé depuis la désignation par les militants du Parti Socialiste de Ségolène Royal comme candidate à l’élection présidentielle, plusieurs points étaient à l’ordre du jour :

· La question de l’opportunité de l’envoi d’un communiqué de presse à la presse marocaine ;

· Un point sur les relations entre Désirs d’Avenir et le Parti Socialiste après la désignation de Ségolène Royal comme candidate ;

· Un débat participatif sur un thème choisi par les participants :l’éducation ou les liens entre immigration et co-développement ;

· Le thème du prochain débat.

1. Le communiqué de presse

Les membres du comité d’animation de Désirs d’Avenir Maroc avaient envisagé, conformément à ce qu’ont fait nombre de comités locaux en France, de rendre publique son existence au moyen d’un communiqué de presse qui aurait été envoyé à la presse marocaine. Un petit texte avait été rédigé à cet effet, et il a été proposé aux participants à la réunion, qui ont mis en doute l’opportunité et la légalité de la démarche.

Ils ont insisté sur le contexte marocain : dans ce pays, les organisations politiques étrangères n’ont pas le droit de tenir des réunions dans des lieux publics. Pourquoi se lancer dans une démarche qui pourrait conduire à la confrontation ?

D’autre part, les participants ont estimé que le comité local n’avait pas besoin de communiquer son existence à la presse pour recruter de nouveaux membres : les personnes motivées pourront trouver ses coordonnées sur Internet. Ils ont également remarqué que, les comités locaux de Désirs d’Avenir n’ayant pas d’existence juridique, il semblerait étrange d’annoncer leur existence.

Au vu de ces réactions, un large consensus s’est dessiné pour renoncer à la démarche du communiqué de presse.

2. La position de Désirs d’Avenir par rapport au Parti socialiste

Suite à la désignation de Ségolène Royal comme candidate du Parti Socialiste pour l’élection présidentielle de 2007, certains sympathisants de Désirs d’Avenir Maroc se demandaient quel pouvait encore être le rôle de Désirs d’Avenir, puisque le parti allait prendre le relais. Il a donc été décidé de répondre à ces interrogation, en clarifiant le rôle que Désirs d’Avenir Maroc entendait jouer, en complémentarité avec le Parti Socialiste, durant la campagne.

Les comités locaux de Désirs d’Avenir ne sont réductibles ni au Parti Socialiste, ni à un courant de celui-ci. Par contre, ils soutiennent la candidate du Parti Socialiste, et partagent les idées et les valeurs de ce parti. Désirs d’Avenir et le Parti Socialiste sont donc deux pièces complémentaires poursuivant un même objectif : la victoire de Ségolène Royal en 2007.

Ils poursuivent cet objectif, mais les moyens utilisés sont différents : les débats des comités locaux Désirs d’Avenir sont ouverts à toute personne intéressée par l’action de Ségolène Royal et désirant la soutenir, alors que seuls les militants peuvent participer aux réunions du Parti Socialiste. D’autre part, les réunions de Désirs d’Avenirs sont centrées autour de débats participatifs, l’objectif étant d’échanger des idées et de croiser les expériences, en rassemblant des personnes venues d’horizons sociaux, culturels et politiques différents.

Les travaux de Désirs d’Avenir et du Parti Socialiste sont donc complémentaires, et Désirs d’Avenir doit donc continuer ses activités, d’autant plus que la campagne officielle ne démarre qu’en janvier.

3. Le débat sur l’éducation

Deux débats ont été proposés aux participants :

· La continuation du travail qui avait été entamé lors du précédent débat participatif sur les liens entre immigration et co-développement ;

· Un débat sur l’éducation, qui est l’un des thèmes centraux de la campagne de Ségolène Royal.

Un vote à main levée a permis aux participants de choisir le débat sur l’éducation. Celui-ci a été entamé par un rappel des positions de Ségolène Royal sur le sujet, et des questions qu’elle pose sur son site www.desirsdavenir.org :

· Pourquoi la massification n’a-t-elle abouti qu’à une démocratisation en trompe-l’œil ?

· Comment aider tous les enfants à réussir leur scolarité ?

· Les Zones d’Education Prioritaire ;

· Comment guider les enfants dans la modernité ?

Les discussions qui ont eu lieu ont plutôt concerné la première de ces questions : les participants se sont attachés à comprendre pourquoi le système éducatif n’arrivait pas à remplir sa mission. Les raisons invoquées ont été de deux ordres : certaines concernaient la relation du système éducatif avec la société, tandis que d’autres ont porté sur l’organisation interne de ce système.

3.1. L’école et la société

Les participants ont insisté sur les interactions nombreuses entre le système éducatif et la société : l’école ne peut pas faire de miracles, et une grande partie des échecs qu’on lui impute sont dus au contexte, et notamment au manque de mixité sociale

3.1.1. Le manque de mixité sociale

Les échecs de l’école sont plus criants dans les zones les moins favorisées du pays, dans les banlieues difficiles où la mixité sociale n’existe pas. Pourtant, certains enseignant parmi les participants ont insisté sur le fait que la mixité, d’un point de vue scolaire, profite à tous : les plus en difficulté se sentent stimulés, et les plus à l’aise se voient confier certaines responsabilités dans l’aide à leurs camarades.

Il existe donc un lien indéniable entre la situation géographique et la qualité de l’éducation que l’on peut espérer recevoir. C’est pour cela que des solutions comme la carte scolaire doivent sont utiles. Cependant, il a été souligné que lorsque les zones défavorisées sont étendues, la carte scolaire devient inutile, car il est impossible de créer de la mixité. C’est pour cela qu’il est nécessaire de réformer la carte scoalaire. Les participants ont débattu de l’idée d’une carte scolaire « en camembert », qui permettrait de favoriser le brassage.

3.1.2. La nécessité d’un dialogue

Face au manque de brassage, l’école apparaît parfois comme coupée du monde. Les participants ont relevé un décalage croissant entre l’école, souvent rigide, et la société, toujours en mouvement. Il est pourtant essentiel pour elle de dialoguer avec la société, et notamment avec les parents d’élèves. Les participants ont insisté sur la nécessité de créer une école ouverte sur l’extérieur.

Cette ouverture est difficile à réaliser, car les rapports entre la société, les parents d’élèves, l’administration, la collectivité sont empreints de violence. C’est donc un travail de longue haleine, qui passe en partie par une éducation, ou un appui aux parents. En effet, certains parents ont des difficultés matérielles telles qu’ils ne peuvent s’occuper du succès scolaire de leur enfant. Pourtant, il a été insisté sur le fait que lorsqu’un enfant trouve sa légitimité dans l’école, c’est souvent toute la famille qui se sent mieux dans la société.

C’est pour cela qu’un accent doit être mis sur le dialogue avec les parents d’élève. Pour cela, il est nécessaire de vaincre l’hostilité envers l’école, en évitant la convocation, en favorisant l’invitation. Ceci est difficile, car l’attitude de certains parents est parfois consumériste.

3.2. L’organisation du système éducatif

Les participants au débat ne se sont pas intéressé qu’aux relations entre l’école et la société. De nombreuses propositions ont été émises pour réformer l’école de l’intérieur, et pour faire face à la rigidité naturelle d’une administration de la taille de l’Education Nationale.

3.2.1. Un système rigide

Les participants ont en effet insisté sur la nature rigide, sur la résistance au changement de l’Education Nationale. La proposition d’une décentralisation plus poussée du système éducatif a été émise plusieurs fois, mais tous étaient conscients qu’elle se heurterait à beaucoup de résistances de la part des différents acteurs impliqués.

Il y a donc un travail pédagogique à faire, afin que chacun comprenne la nécessité du changement. Pour cela, il est également nécessaire de trouver un système incitatif adéquat : aujourd’hui, les primes d’un professeur travaillant en Zone d’Education Prioritaire ne sont pas suffisantes. Quant au personnel non-enseignant, il ne perçoit aucune prime quand il travaille dans ces zones.

L’une des grandes difficultés réside dans le fait que les solutions qui permettraient de résoudre les principaux problèmes coûtent trop cher. Par exemple, on sait que les expériences pédagogiques innovantes sont très efficaces, mais elle nécessitent des moyens que le budget de l’Education Nationale ne peut pas fournir.

Mais les participants sont tombés d’accord sur le fait que l’augmentation des moyens, seule, ne pourrait pas suffire pour régler les principaux problèmes de l’éducation. L’un des principaux problèmes, par exemple, est celui de l’ennui à l’école. Il faut donc parler du contenu, et donc des programmes. Il est nécessaire de stimuler l’élève, afin d’éviter qu’il ne s’enferme dans une attitude passive.

3.2.2. La réforme

Il est donc nécessaire de réformer l’école, mais comment ? Il y a deux ans, une grande consultation avait été organisée sur le sujet, tous les acteurs du système éducatif avaient pu participer à des débats nationaux et émettre des propositions. Cette consultation a donné des résultats décevants, elle a été le socle de la loi d’orientation, et les professeurs n’ont pas été satisfaits.

La principale question discutée par les participants a été celle de l’administration des établissements scolaires : est-il souhaitable que les chefs d’établissement continuent à être issus du corps enseignant ? Cette fonction ne nécessite-t-elle pas une formation particulière, et notamment des connaissances en matière de gestion ?

Beaucoup se sont opposés à l’idée qu’un établissement scolaire puisse être comparé à une entreprise. Pour eux, un chef d’établissement doit pouvoir comprendre le métier de professeur, et il est donc logique qu’il ait lui même été professeur.

2e débat participatif : les liens entre immigration et développement

6, mars 2007

Compte-rendu de la réunion du 18 octobre 2006

Désirs d’Avenir Maroc organisait le 18 octobre son second débat participatif, sur le thème, souvent évoqué par Ségolène Royal, des liens entre immigration et développement. 24 personnes venues d’horizons divers : membres du Parti Socialiste, professeurs des établissements français au Maroc, professionnels de la coopération, Marocains intéressés par l’action de Désirs d’Avenir au Maroc… (cette liste n’est pas exhaustive) ont participé à ce débat qui a eu lieu au domicile de Dominique Théry, membre fondateur de Désirs d’Avenir Maroc.

La question qui a été posée en début de débat était la suivante : puisque les liens entre immigration et développement sont avérés, la France peut-elle faire plus ou mieux en terme d’aide au développement pour réduire les drames de l’immigration, et éviter ainsi des milliers de personnes risquent leur vie pour atteindre les côtes européennes.

La question de l’immigration

Tout d’abord, les participants au débat se sont concentrés sur le thème de l’immigration. Ils ont tenu à préciser que le débat sur l’immigration était en Europe souvent largement teinté d’hypocrisie, car la démographie déclinante du continent rend l’immigration indispensable. Le problème n’est donc pas de stopper l’immigration, mais de faire en sorte qu’elle se passe bien, et qu’elle n’engendre pas les drames que nous subissons actuellement.

L’autre idée qui a été avancée sur le thème de l’immigration est que la France n’est pas seule à être confrontée à ce problème ; il est donc nécessaire de penser les solutions au niveau européen, en stoppant la politique actuelle qui met l’accent sur la sécurité et la répression, et qui vise à se barricader et à rendre le territoire européen physiquement inaccessible aux immigrants.

Certains participants ont tenu à relativiser l’aspect toujours négatif qui est donné à l’immigration. En effet, celle-ci n’est pas toujours une catastrophe liée à la misère. Mais au Maroc, beaucoup de gens qui ne sont pas dans la misère veulent également partir en France. D’autre part, l’immigration est toujours vu comme un pillage des ressources du Sud, mais il faut rappeler que dans des pays comme le Sénégal ou le Mali, les transferts d’argent opérés par les migrants constituent la principale source de devises, et la principale source de revenus pour les ménages.

Enfin, l’immigration n’est pas un phénomène récent : elle provenait autrefois d’Italie, de Pologne. Il faut donc chercher ses causes dans le différentiel de niveau de vie, et l’une des manières de lutter contre ses effets négatifs est donc de réduire ce différentiel. La question qui a occupé la suite du débat était la suivante : l’aide au développement, telle qu’elle est pratiquée, est-elle vraiment capable de réduire les inégalités de niveau de vie ? Quelles sont ses faiblesses et comment y remédier ?

La question de l’efficacité de l’aide

La France est mal placée parmi les pays donateurs. Son niveau d’aide, à 0,4% du PIB, est certes plus élevé que nombre de pays riches, mais si l’on prend en compte la qualité de cette aide, les résultats sont beaucoup plus décevants. Ainsi, le Center for Global Development an dans une étude publiée récemment, classé la France 20e sur 21 pays riches pour ce qui est de la qualité de sa coopération. Cette étude incluait, outre l’aide au développement, de nombreux aspects de la relation des pays riches avec les pays pauvres, comme la politique en matière d’investissements, d’armement, d’immigration…

Il est donc nécessaire de questionner les différents aspects de l’aide qui pourraient être améliorés. Au cours du débat, plusieurs faiblesses ont été mentionnées, qui tournaient autour du fait que l’aide atteint rarement les personnes qui en ont véritablement besoin. Il faut ici préciser que les critiques qui vont suivre n’étaient pas adressées à la France en particulier, mais plutôt au système de l’aide au développement.

En effet, plusieurs chercheurs ont établi que les investissements mis en place grâce aux prêts financés par l’aide publique au développement ne correspondent pas aux besoins du pays. Par exemple, au Maroc, de nombreux prêts ont financé des systèmes d’épuration d’eau, dont aucun n’est fonctionnel à l’heure actuelle. L’aide revient donc souvent à subventionner, avec de l’argent public, l’activité des entreprises privées. Certains participants ont par exemple considéré que des projets importants, comme le financement d’hôpitaux, n’ont jamais profité à la population mais aux laboratoires.

L’un des plus grands projets récemment financés au Maroc a concerné les départs volontaires à la retraite. Financé par la Banque Mondiale et l’Union Européenne, il visait à rationaliser l’administration marocaine en réduisant la masse salariale. Le résultat a été le départ à la retraite de 35800 fonctionnaires, qui, souvent, étaient parmi les plus expérimentés. Il se trouve par ailleurs que les entreprises privées ont beaucoup profité de l’aide au départ à la retraite qui était versée à ces fonctionnaires ; Renault, par exemple, qui sortait la Logan juste au moment de la mise en place des départs volontaires, a vendu beaucoup de voitures grâce à ce programme.

On vient de le voir, l’aide au développement a du mal à cibler les personnes qui en ont vraiment besoin. Ceci est notamment vrai pour les annulations de dette, qui constituent une part de plus en plus importante de l’aide versée par les pays riches, et notamment par la France. Les annulations de dettes sont en effet souvent une manière de recycler de l’argent qui avait été mal investi, voire utilisé de manière frauduleuse : par exemple, si un prêt avait fait l’objet de détournement de fonds publics, l’annulation de la dette vient également annuler le délit de détournement de fonds. Il est donc nécessaire de remettre de l’ordre dans la politique de prêts pour le développement, en posant notamment la question des conditions d’octroi de prêts.

Les solutions

Pour améliorer la politique de développement, plusieurs thèmes ont été développés lors du débat, qui peuvent être regroupés en trois propositions : améliorer la transparence, mettre l’accent sur les petits projets et améliorer notre manière de consommer.

Il est tout d’abord nécessaire d’améliorer la traçabilité des fonds de l’aide publique au développement. Les règles doivent être claires et explicites. Il doit être possible de savoir où va l’argent, qui l’utilise… La bonne gouvernance doit être améliorée, et ceci pourrait être rendu possible notamment par une meilleure implication ONG dans la manière dont les fonds sont alloués.

Afin d’améliorer le ciblage de l’aide, il faudrait également concentrer l’aide sur de plus petits projets, car on constate souvent que les grands projets sont trop lourds et font l’objet de trop de détournements. Par exemple, au Mali, il faudrait utiliser les nombreuses coopératives qui regroupent les personnes qui ont le plus besoin de l’aide. Cependant, il faut faire attention à ne pas faire exploser les coûts de contrôle des projets. En effet, plus les projets sont nombreux, plus il est difficile de les gérer.

Une autre manière d’aider mieux les pays en développement serait de modifier notre manière de consommer, notamment à travers le développement du commerce équitable. Ce type de commerce valorise les intérêts des producteurs. Cependant, les prix sont souvent prohibitifs. Il serait peut-être également intéressant d’améliorer les connaissances du public et des consommateurs sur la manière dont sont produits les produits qu’il consomme. Par exemple, des associations de consommateurs, comme « Agir Ici », font des enquêtes sur les produits et informent sur leur origine. Les producteurs pourraient financer ces associations de consommateurs, s’ils disposaient d’un label à la clé qui leur permettrait de vendre plus.

La question de l’éducation

Les participants au débat ont également souligné que si la question de l’aide était importante, le développement était avant tout l’affaire des Marocains eux-mêmes, et que l’accent devait être mis sur l’amélioration du niveau d’éducation du pays, car l’éducation est la clé du développement à long terme. Or le pays connaît un taux d’analphabétisme très important (40%), beaucoup plus important, par exemple, que dans des pays comme la Tunisie ou la Jordanie, qui ont pourtant des niveaux de revenus comparables.

La question est donc celle de la volonté politique marocaine pour améliorer l’éducation. La base veut ce changement, mais la force d’inertie des décideurs, notamment au niveau intermédiaire, empêche la réalisation de réformes efficaces, qui remettraient en cause beaucoup d’acquis.

Bien que le changement ne puisse intervenir sans volonté politique de la part du Maroc, il faut se poser a question de la politique de la France en matière de coopération. Par exemple, le système des écoles françaises est-il un facteur de développement, ou introduit-il des distorsions dans le système éducatif marocain ? Il est clair que ce système, qui auparavant pouvait profiter des personnes de milieux sociaux différents, notamment par l’octroi de bourses, profite maintenant seulement à la partie la plus aisée de la population. Les mêmes travers caractérisent les bourses octroyées pour les études supérieures en France.

Les projets de coopération en matière d’éducation sont eux aussi bloqués, car la partie marocaine ne fait pas avancer le projet. Toute la politique du pays dans ce secteur est en effet caractérisée par un certain laxisme, l’absentéisme et les résultats faibles étant tolérés.

On le voit, cette question de l’éducation est centrale, tant par son importance stratégique pour le développement du pays que par le changement dans la vision de la coopération qu’elle impose.

Changer notre vision de la coopération

La coopération au Maroc est souvent vue comme devant être avant tout matérielle. Nous devons changer cette représentation, et ne plus fonctionner en terme de l’opposition entre pays développés et sous-développés. L’aide, qu’il s’agisse de l’aide entre pays ou de l’aide entre individus, pose en effet toujours ces questions simples : la personne que l’on aide a-t-elle vraiment envie d’être aidée ? Ne vit-elle pas cette aide comme une humiliation ? N’est-elle pas prête à accepter toute forme d’aide, même si il ne s’agit pas d’un domaine qui fait partie de ses priorités ? Comment faire pour que les priorités réelles de la personne ou du pays aidé soient effectivement prises en compte ? Quel pourrait être l’apport du concept de francophonie à la prise en compte de ces multiples dimensions ?

Pour répondre à ces questions, il est nécessaire de sortir de la représentation dominant-dominé, et faire en sorte que la coopération ne soit plus l’affaire de certains réseaux parlant un langage particulier et compréhensible d’eux seuls (approche participative, bonne gouvernance…). La coopération est en effet souvent vue comme une carrière plutôt que comme un métier.