Bonjour à tous,
Alors que les journalistes sont de plus en plus nombreux à rapporter les tentatives d’intimidation dont Sarkozy s’est rendu coupable à leur égard, je tiens à rassurer ceux d’entre vous qui s’inquiéteraient pour mon intégrité physique : je ne fais pas partie de ceux que Sarko a menacés, la récente raréfaction de mes chroniques est tout simplement due à de bonnes vacances passées en Espagne… Après un premier tour riche en émotions, c’est donc avec joie que je reprends mon clavier.
Je ne m’étendrai pas sur les résultats de ce premier tour, même si la chute de Le Pen et la participation record m’ont fait bien plaisir… Je ne parlerai pas non plus de stratégie électorale et de la course au centre à laquelle se prêtent actuellement les deux candidats, la question est assez épineuse pour être laissée à Ségolène, qui s’en est d’ailleurs admirablement tirée ce soir sur France 2 dans l’émission d’Arlette Chabot.
A ma grande honte, j’ai plutôt envie de partager la joie de Jean-Marie Colombani (ce n’est pas ma faute) : nous allons enfin avoir pouvoir assister à un vrai débat gauche-droite, après ces années troublées par la présence de Le Pen au second tour en 2002 et après le brouillage des lignes occasionné par la campagne européenne de 2005. Cependant, certains Croisés voudraient voir en ce débat salutaire une occasion de diaboliser l’ennemi, de se lancer dans un combat épique contre le fascisme. Vous avez certainement vu comme moi ces textes qui circulent sur Internet, et qui comparent Sarkozy à Mussolini. Certains n’hésitent pas à rappeler que Hitler est arrivé au pouvoir démocratiquement, et que c’est une excellente raison pour se méfier de l’ex-ministre de l’Intérieur ! Je pense personnellement que le point commun le plus marquant entre les deux hommes est leur petite taille. Mais surtout, je me dis que ce genre de propos ne fait rien pour aider Ségolène à gagner.
Non, Sarkozy n’est pas un fasciste, il est bien pire ! Un tel amalgame contribue à maintenir l’éventuelle accession au pouvoir du candidat de l’UMP dans le domaine du fantasme, de l’irréel, des choses contre lesquelles on ne peut pas lutter ! Sarkozy n’est pas un fasciste, mais il est bel et bien un homme de droite, c’est même l’homme de toutes les droites : il emprunte aux ultra-libéraux le mensonge selon lequel on peut réduire la dette en réduisant les impôts (de préférence ceux des riches), il emprunte aux traditionalistes l’accent mis sur les valeurs au détriment des propositions, il emprunte aux nationalistes la méfiance envers les immigrés, il emprunte aux gaullistes le mythe de l’homme providentiel… La liste est encore longue, et tout cela n’a rien à voir avec le fascisme, ce sont des réalités tangibles, ancrées dans notre époque, des réalités qui nous menacent réellement si par malheur Nicolas Sarkozy était élu le 6 mai.
Il n’est pas besoin de jouer à se faire peur en ressuscitant les fantômes de Mussolini et de Hitler, la réalité suffit amplement. Nous avons d’ailleurs une chance incomparable par rapport ceux qui ont vécu la montée du fascisme, la vraie, celle des années 30 : nous ne sommes pas devant un phénomène irréversible, rien n’est encore joué. Beaucoup d’entre vous ont des réticences à l’égard de Ségolène Royal, mais dimanche 6 mai, pour éviter le pire, il ne suffira pas de glisser sagement son bulletin dans l’urne puis de courir regarder la soirée électorale sur TF1. Nous avons besoin de toutes les énergies pour convaincre ceux qui n’ont pas voté au premier tour, ceux qui trouvent que les programmes des deux candidats se ressemblent trop, ceux qui trouvent que Ségolène fait trop de concessions au centre, ceux qui trouvent qu’elle en fait trop à gauche, ceux qui trouvent qu’après tout, l’élection de Sarkozy serait une bonne punition pour la France, vous savez, ceux qui prennent un air blasé pour vous citer du De Gaulle : « les Français sont tous des veaux ! ».
J’ose espérer que les Français ne sont pas des veaux. Nous connaissons tous des personnes qui hésitent à se déplacer lors du second tour. C’est le moment où jamais de les inviter à parler politique autour d’un verre, vous ne trouvez pas ?
A bientôt,
Adrien