Bonjour à tous,
Mon week-end ayant pour la première fois depuis bien longtemps été occupé par des préoccupations extra-politiques, me voilà ce lundi matin, jour heureusement férié au Maroc où l’on a célébré hier la naissance du Prophète, en train de scruter Internet de mes yeux ensommeillés pour trouver un thème de chronique. Et voilà que Nicolas Sarkozy court vers moi, s’élance, me saute à la gorge, et me parle des événements de la Gare du Nord, et plus particulièrement du « délinquant » qui en est à l’origine, devenu selon lui « une sorte de héros pour certains candidats et pour une partie de ce microcosme parisien qui ne prend jamais le métro et qui n’a pas besoin de se lever tôt pour aller gagner sa vie ».
Un souci de vérité journalistique m’oblige à préciser que la nature des rapports que nous entretenons n’autorisant en aucun cas une telle familiarité, ce n’est pas précisément à ma gorge que Nicolas Sarkozy a sauté en prononçant ces paroles, mais à celles des quelques milliers de personnes venues l’écouter le 30 avril à Nice. Cela ne m’a pas empêché de me sentir particulièrement et presque personnellement visé : il est vrai que vivant à Rabat, je ne prends jamais le métro, et que ce matin, c’est avec une certaine délectation que je me suis levé tard, profitant à fond de ce jour férié.
Dans mon cerveau encore embrumé par le doux sommeil que je venais de quitter, une image est apparue. Sarkozy président, c’est la France qui se dote d’un réveil-matin hargneux qui n’hésitera pas à la tirer du lit, alors qu’il y a tant de choses à y faire. D’autant plus que M. Réveil-Matin a enchaîné sur un ton moralisateur à vous glacer le sang : « Prendre systématiquement contre la police, contre la gendarmerie, le parti des voyous et des casseurs qui cherchent le moindre prétexte, pour terroriser, pour piller, pour détruire. Voilà ce que j’appelle la faillite morale d’une certaine gauche ». Non seulement M. Sarkozy veut m’empêcher de me lever tard, non seulement il assimile les casseurs à des terroristes (ou alors je ne sais pas ce que le mot terroriser veut dire), mais en plus, il me déclare en état de faillite morale. C’est fort désagréable à une heure aussi matinale (midi, pour être exact), mais le candidat de l’UMP a-t-il vraiment intérêt à se positionner sur le plan de la morale ?
Notre réveil-matin effectue en effet certains rapprochements qui me permettent de douter de ses intentions de redresseur de torts. Toujours à Nice, dans le même discours, il n’hésite ainsi pas à assimiler les casseurs de la Gare du Nord à « ceux qui ne veulent ni étudier ni travailler » et qui pillent « un magasin pour se procurer des chaussures de sport sans avoir à les payer ». L’électeur lepéniste n’aura aucun mal à se représenter ledit pillard sous les traits d’un Africain, en jogging de préférence, abreuvé aux allocations familiales extorquées aux Français de souche. Il sera conforté dans sa représentation quand, dans la suite du discours de M. Réveil-Matin, il l’entendra se demander ce que « ressent le citoyen qui n’en peut plus de l’insécurité et de la violence, qui n’en peut plus de payer des impôts pour entretenir des assistés qui gagnent plus que lui sans rien faire et qui ne respectent aucune loi, aucune règle, aucune autorité ».
Vous, je ne sais pas, mais moi, tout cela me rappelle Chirac quand il n’avait pas encore découvert la fracture sociale et se permettait des commentaires désobligeants sur « le bruit et l’odeur » que doivent supporter les braves travailleurs français qui, c’est horrible, sont obligés d’habiter dans le même immeuble que de méchants travailleurs immigrés.
Bref, j’avais déjà beaucoup de raisons de voter pour Ségolène Royal. Maintenant que M. Sarkozy s’est changé en réveil-matin pour me gâcher mon jour férié, et que je le soupçonne fortement de vouloir m’en gâcher beaucoup d’autres s’il est élu, j’en ai une de plus.
A la semaine prochaine, si j’ai le temps d’écrire une chronique avant de partir en vacances.
Adrien
PS : Je précise que toutes les citations sont authentiques, tirées du site de l’UMP : http://www.u-m-p.org/site/index.php/ump/s_informer/discours/nicolas_sarkozy_a_nice