La chronique d’un Royaliste au Maroc #8 – dimanche 25 mars 2007

By Désirs d'avenir Maroc

Bonjour à tous,

Aïe Aïe Aïe… Ca devait m’arriver… J’avais quand même tenu sept chroniques en évitant la fameuse angoisse de la page blanche, et voilà que ce soir, je suis planté devant mon écran, me creusant la cervelle pour savoir ce que je vais bien pouvoir vous raconter… Il faut dire que la conjoncture ne m’aide pas… Certes, les sondages sont un peu meilleurs, mais nous ne sortons toujours pas des marges d’erreur… Et puis, il faut bien avouer que cette semaine, les sorties de ma candidate préférée sur la Marseillaise et sur les 14 juillet avec drapeaux aux fenêtres n’ont rien fait pour attiser ma verve.

Par contre, ces sorties m’ont fait réfléchir, et c’est toujours ça de pris… Voici la question que je me pose : pourquoi, alors qu’elles sont en claire contradiction avec certaines de mes convictions les plus profondes, ces déclarations n’altèrent-elles pas mon choix en faveur de Ségolène Royal ? Le militantisme m’aurait-il conduit au point de non-retour après lequel l’esprit critique s’efface pour laisser place au suivisme le plus idiot ? J’entends d’ici les ricanements de certains d’entre vous qui seraient tentés de répondre à cette question par l’affirmative, mais je crois pouvoir affirmer que non, le fait d’accepter de manger mon chapeau de temps en temps ne fait de moi ni un suiviste, ni un idiot, et je vais tenter d’expliquer pourquoi.

Tout d’abord, j’ai beau avoir beaucoup de respect pour Ségolène, elle pourra attendre longtemps sous mes fenêtres avant d’y voir claquer le drapeau tricolore. En ces périodes d’austérité budgétaire, je la vois assez mal créer la BSVTF (Brigade Spéciale de Vérification de la Tricoloritude des Fenêtres), brigade qui fonctionnerait uniquement les jours de fête nationale, verbalisant les mauvais citoyens qui refuseraient de pavoiser. Ma fenêtre restera donc vierge de tout bleu-blanc-rouge, qu’elle se le tienne pour dit.

Il est vrai qu’au-delà de mes réticences sur le fond, je comprends assez mal le choix tactique de ma candidate : je suis convaincu qu’il y a beaucoup plus de voix à prendre à la gauche du PS, où les adeptes du bleu-blanc-rouge sont assez rares, que chez l’Amicale des Choristes de la Marseillaise. Mais je crois que l’élection présidentielle est un moment trop important pour qu’une, voire deux propositions (eh oui, je ne suis toujours pas très d’accord avec les « centres éducatifs renforcés, si besoin avec encadrement militaire » qui figurent dans le Pacte Présidentiel) me fassent passer par pertes et profits les avancées majeures que représenterait l’élection de Ségolène Royal à la Présidence de la République.

Pour preuve, les changements institutionnels que, cette même semaine, elle a avancés. Sous le nom générique (et à mon sens pas forcément opportun) de VIe République, ce sont de véritables petites révolutions que Ségolène a proposées. Par exemple, l’abrogation de l’article 49-3 de la Constitution. Cet article permet au gouvernement de faire passer une loi sans vote formel du Parlement, et son abrogation serait à mon sens un indéniable progrès pour la démocratie représentative. Il en va de même de l’interdiction du cumul des mandats pour les parlementaires, ou de la réduction du rôle du Sénat.

De manière plus générale, l’idée de convoquer une assemblée constituante me plaît beaucoup. Tout d’abord, il s’agirait d’un formidable prétexte pour parler de politique, et même ceux qui ne me connaissent pas très bien doivent se douter que derrière l’auteur de cette chronique se cache un véritable toxicomane, accro au débat politique. Mais plus sérieusement, je pense qu’au moment où la France doit repenser son rôle dans l’Europe et dans le monde, une assemblée constituante serait une occasion de mettre en place des institutions plus adaptées au monde dans lequel nous vivons, qui n’a plus rien à voir avec le contexte d’exacerbation des identités nationales dans lequel a été forgée la Ve République.

Alors, le 22 avril et le 6 mai, je voterai pour Ségolène Royal, pour qu’adviennent ces changements institutionnels. Mais le 14 juillet, comptez sur moi : vous ne verrez pas de drapeau français à ma fenêtre. Par contre, ce jour-là je, ne manquerai pas de chanter ces vers de Brassens :

« Le jour du quatorze juillet,

Je reste dans mon lit douillet.

La musique qui marche au pas,

Cela ne me regarde pas ».

A la semaine prochaine,

Adrien

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