Bonjour à tous.
Cette fois, ça y est, la campagne électorale est lancée, bien lancée, même. Les coups pleuvent, on applaudit quand ils sont jolis, on hue quand ils manquent leur but. Et j’ai l’impression que parfois, on oublie qu’il ne s’agit pas d’un match de boxe, d’un spectacle fait pour nous divertir. Il s’agit de politique, et cela engage notre avenir.
Avec mes maigres moyens, je veux essayer de rappeler à ceux qui trouvent la position du spectateur confortable, esthétique, ou tout simplement pratique, que ce qui se passe dans cette campagne électorale n’est pas un jeu, que c’est de notre avenir (pour le quel, vous le savez, nous débordons de désirs) qu’il s’agit. A chaque élection, le même refrain se fait entendre : « tous pareils, ils font tous la même politique une fois élus ». Cette année, on brode sur le thème « Ségozy et Sarkolène », mais en 2002, on avait déjà droit à un très efficace « Jorac et Chispin ». On en a pris pour cinq ans.
Les choix de société proposés par les deux principaux candidats sont pourtant fondamentalement différents. L’interview de Sarkozy, dans Le Monde du 23 janvier, est à ce titre édifiante. En vrac, on peut citer l’exonération des charges sociales sur les heures supplémentaires, le bouclier fiscal pour limiter les impôts que paieront les revenus les plus élevés, la responsabilisation des patients (lire : l’augmentation des tickets modérateurs) qui sont jugés seuls responsables, avec les hôpitaux, du trou de la Sécu, alors que les médecins libéraux sont considérés comme des anges presque victimes du système… La France que dessinent ces mesures est une France individualiste, sans lien social, sans cohésion.
Face à ce tableau, Ségolène Royal nous propose une France où les élus seront forcés de se frotter aux réalités du terrain, où ils ne pourront plus nous offrir le spectacle affligeant de leur ignorance des problèmes des Français. On ne pourra plus voir un Cambadélis nous expliquer tranquillement qu’avec 4000 euros de revenus mensuels nets, on fait partie de la classe moyenne. Une France où l’Etat assurera réellement son rôle de garant de la cohésion sociale : en matière de logement, par exemple, la loi SRU sera réellement appliquée, et les préfets pourront réquisitionner les terrains dans les communes qui ne font rien pour atteindre le quota de 20% de logements sociaux.
Devant des choix de société si opposés, comment rester sur son siège en comptant les petites phrases de Sarkozy, comment se borner à relever les « bourdes » de Ségolène ? D’ailleurs, s’il faut vraiment faire le décompte des « bourdes », soyons au moins équitables : qui a relevé que dans l’interview de Sarkozy au Monde, cette semaine, il employait l’expression « pays libres » au lieu de « pays riches » ? Cette rhétorique busho-reaganienne est à mon sens très grave. Pourtant, jusqu’ici, au lieu de nous parler du fond et des implications d’un tel « lapsus », ceux qui reprochent à Ségolène d’être superficielle, de n’avoir pour elle que son sourire (qu’elle a fort joli, d’ailleurs), d’être « un produit des médias », préfèrent ironiser sur la « bravitude »…
Adrien