3e débat participatif : l’éducation

By Désirs d'avenir Maroc

Compte-rendu de la réunion du 21 novembre 2006

Désirs d’Avenirs Maroc a organisé, le mardi 21 novembre 2006, son 3e débat participatif. La réunion s’est tenue à Rabat, au domicile de Bertrand Clavaud et Adrien Renaud, et a réuni 17 participants. Pour ce 1er débat organisé depuis la désignation par les militants du Parti Socialiste de Ségolène Royal comme candidate à l’élection présidentielle, plusieurs points étaient à l’ordre du jour :

· La question de l’opportunité de l’envoi d’un communiqué de presse à la presse marocaine ;

· Un point sur les relations entre Désirs d’Avenir et le Parti Socialiste après la désignation de Ségolène Royal comme candidate ;

· Un débat participatif sur un thème choisi par les participants :l’éducation ou les liens entre immigration et co-développement ;

· Le thème du prochain débat.

1. Le communiqué de presse

Les membres du comité d’animation de Désirs d’Avenir Maroc avaient envisagé, conformément à ce qu’ont fait nombre de comités locaux en France, de rendre publique son existence au moyen d’un communiqué de presse qui aurait été envoyé à la presse marocaine. Un petit texte avait été rédigé à cet effet, et il a été proposé aux participants à la réunion, qui ont mis en doute l’opportunité et la légalité de la démarche.

Ils ont insisté sur le contexte marocain : dans ce pays, les organisations politiques étrangères n’ont pas le droit de tenir des réunions dans des lieux publics. Pourquoi se lancer dans une démarche qui pourrait conduire à la confrontation ?

D’autre part, les participants ont estimé que le comité local n’avait pas besoin de communiquer son existence à la presse pour recruter de nouveaux membres : les personnes motivées pourront trouver ses coordonnées sur Internet. Ils ont également remarqué que, les comités locaux de Désirs d’Avenir n’ayant pas d’existence juridique, il semblerait étrange d’annoncer leur existence.

Au vu de ces réactions, un large consensus s’est dessiné pour renoncer à la démarche du communiqué de presse.

2. La position de Désirs d’Avenir par rapport au Parti socialiste

Suite à la désignation de Ségolène Royal comme candidate du Parti Socialiste pour l’élection présidentielle de 2007, certains sympathisants de Désirs d’Avenir Maroc se demandaient quel pouvait encore être le rôle de Désirs d’Avenir, puisque le parti allait prendre le relais. Il a donc été décidé de répondre à ces interrogation, en clarifiant le rôle que Désirs d’Avenir Maroc entendait jouer, en complémentarité avec le Parti Socialiste, durant la campagne.

Les comités locaux de Désirs d’Avenir ne sont réductibles ni au Parti Socialiste, ni à un courant de celui-ci. Par contre, ils soutiennent la candidate du Parti Socialiste, et partagent les idées et les valeurs de ce parti. Désirs d’Avenir et le Parti Socialiste sont donc deux pièces complémentaires poursuivant un même objectif : la victoire de Ségolène Royal en 2007.

Ils poursuivent cet objectif, mais les moyens utilisés sont différents : les débats des comités locaux Désirs d’Avenir sont ouverts à toute personne intéressée par l’action de Ségolène Royal et désirant la soutenir, alors que seuls les militants peuvent participer aux réunions du Parti Socialiste. D’autre part, les réunions de Désirs d’Avenirs sont centrées autour de débats participatifs, l’objectif étant d’échanger des idées et de croiser les expériences, en rassemblant des personnes venues d’horizons sociaux, culturels et politiques différents.

Les travaux de Désirs d’Avenir et du Parti Socialiste sont donc complémentaires, et Désirs d’Avenir doit donc continuer ses activités, d’autant plus que la campagne officielle ne démarre qu’en janvier.

3. Le débat sur l’éducation

Deux débats ont été proposés aux participants :

· La continuation du travail qui avait été entamé lors du précédent débat participatif sur les liens entre immigration et co-développement ;

· Un débat sur l’éducation, qui est l’un des thèmes centraux de la campagne de Ségolène Royal.

Un vote à main levée a permis aux participants de choisir le débat sur l’éducation. Celui-ci a été entamé par un rappel des positions de Ségolène Royal sur le sujet, et des questions qu’elle pose sur son site www.desirsdavenir.org :

· Pourquoi la massification n’a-t-elle abouti qu’à une démocratisation en trompe-l’œil ?

· Comment aider tous les enfants à réussir leur scolarité ?

· Les Zones d’Education Prioritaire ;

· Comment guider les enfants dans la modernité ?

Les discussions qui ont eu lieu ont plutôt concerné la première de ces questions : les participants se sont attachés à comprendre pourquoi le système éducatif n’arrivait pas à remplir sa mission. Les raisons invoquées ont été de deux ordres : certaines concernaient la relation du système éducatif avec la société, tandis que d’autres ont porté sur l’organisation interne de ce système.

3.1. L’école et la société

Les participants ont insisté sur les interactions nombreuses entre le système éducatif et la société : l’école ne peut pas faire de miracles, et une grande partie des échecs qu’on lui impute sont dus au contexte, et notamment au manque de mixité sociale

3.1.1. Le manque de mixité sociale

Les échecs de l’école sont plus criants dans les zones les moins favorisées du pays, dans les banlieues difficiles où la mixité sociale n’existe pas. Pourtant, certains enseignant parmi les participants ont insisté sur le fait que la mixité, d’un point de vue scolaire, profite à tous : les plus en difficulté se sentent stimulés, et les plus à l’aise se voient confier certaines responsabilités dans l’aide à leurs camarades.

Il existe donc un lien indéniable entre la situation géographique et la qualité de l’éducation que l’on peut espérer recevoir. C’est pour cela que des solutions comme la carte scolaire doivent sont utiles. Cependant, il a été souligné que lorsque les zones défavorisées sont étendues, la carte scolaire devient inutile, car il est impossible de créer de la mixité. C’est pour cela qu’il est nécessaire de réformer la carte scoalaire. Les participants ont débattu de l’idée d’une carte scolaire « en camembert », qui permettrait de favoriser le brassage.

3.1.2. La nécessité d’un dialogue

Face au manque de brassage, l’école apparaît parfois comme coupée du monde. Les participants ont relevé un décalage croissant entre l’école, souvent rigide, et la société, toujours en mouvement. Il est pourtant essentiel pour elle de dialoguer avec la société, et notamment avec les parents d’élèves. Les participants ont insisté sur la nécessité de créer une école ouverte sur l’extérieur.

Cette ouverture est difficile à réaliser, car les rapports entre la société, les parents d’élèves, l’administration, la collectivité sont empreints de violence. C’est donc un travail de longue haleine, qui passe en partie par une éducation, ou un appui aux parents. En effet, certains parents ont des difficultés matérielles telles qu’ils ne peuvent s’occuper du succès scolaire de leur enfant. Pourtant, il a été insisté sur le fait que lorsqu’un enfant trouve sa légitimité dans l’école, c’est souvent toute la famille qui se sent mieux dans la société.

C’est pour cela qu’un accent doit être mis sur le dialogue avec les parents d’élève. Pour cela, il est nécessaire de vaincre l’hostilité envers l’école, en évitant la convocation, en favorisant l’invitation. Ceci est difficile, car l’attitude de certains parents est parfois consumériste.

3.2. L’organisation du système éducatif

Les participants au débat ne se sont pas intéressé qu’aux relations entre l’école et la société. De nombreuses propositions ont été émises pour réformer l’école de l’intérieur, et pour faire face à la rigidité naturelle d’une administration de la taille de l’Education Nationale.

3.2.1. Un système rigide

Les participants ont en effet insisté sur la nature rigide, sur la résistance au changement de l’Education Nationale. La proposition d’une décentralisation plus poussée du système éducatif a été émise plusieurs fois, mais tous étaient conscients qu’elle se heurterait à beaucoup de résistances de la part des différents acteurs impliqués.

Il y a donc un travail pédagogique à faire, afin que chacun comprenne la nécessité du changement. Pour cela, il est également nécessaire de trouver un système incitatif adéquat : aujourd’hui, les primes d’un professeur travaillant en Zone d’Education Prioritaire ne sont pas suffisantes. Quant au personnel non-enseignant, il ne perçoit aucune prime quand il travaille dans ces zones.

L’une des grandes difficultés réside dans le fait que les solutions qui permettraient de résoudre les principaux problèmes coûtent trop cher. Par exemple, on sait que les expériences pédagogiques innovantes sont très efficaces, mais elle nécessitent des moyens que le budget de l’Education Nationale ne peut pas fournir.

Mais les participants sont tombés d’accord sur le fait que l’augmentation des moyens, seule, ne pourrait pas suffire pour régler les principaux problèmes de l’éducation. L’un des principaux problèmes, par exemple, est celui de l’ennui à l’école. Il faut donc parler du contenu, et donc des programmes. Il est nécessaire de stimuler l’élève, afin d’éviter qu’il ne s’enferme dans une attitude passive.

3.2.2. La réforme

Il est donc nécessaire de réformer l’école, mais comment ? Il y a deux ans, une grande consultation avait été organisée sur le sujet, tous les acteurs du système éducatif avaient pu participer à des débats nationaux et émettre des propositions. Cette consultation a donné des résultats décevants, elle a été le socle de la loi d’orientation, et les professeurs n’ont pas été satisfaits.

La principale question discutée par les participants a été celle de l’administration des établissements scolaires : est-il souhaitable que les chefs d’établissement continuent à être issus du corps enseignant ? Cette fonction ne nécessite-t-elle pas une formation particulière, et notamment des connaissances en matière de gestion ?

Beaucoup se sont opposés à l’idée qu’un établissement scolaire puisse être comparé à une entreprise. Pour eux, un chef d’établissement doit pouvoir comprendre le métier de professeur, et il est donc logique qu’il ait lui même été professeur.

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